Mardi 1er août 2017,
Je quitte la France pour Lima, au Pérou, afin de débuter ma grande aventure sud-américaine, un périple qui me mènera jusqu’à Ushuaïa, en Terre de Feu argentine. J’ai longtemps rêvé de ce voyage, car il me rapprochera du lieu qui me fascine le plus au monde : la mystérieuse Île de Pâques.
C’est le premier voyage que j’entreprends seul, avec mon sac à dos, à l’âge de 21 ans. Mes parents connaissent ma passion pour les voyages, et mes amis savent combien j’ai besoin de découvrir de nouvelles cultures et de ne pas rester en place. J’ai consacré trois mois à la préparation de ce périple et quatre années de travaux saisonniers à le financer. Guides, sites internet et blogs ont été minutieusement épluchés afin d’anticiper au mieux ce grand saut vers l’inconnu. À tel point que, sur certains sites visités, j’avais déjà appris presque toute leur histoire avant même qu’un guide ne la raconte.
En relisant ce récit quatre ans plus tard, je constate que ce voyage demeure le plus beau de ma vie. Il m’a beaucoup appris sur moi-même et sur ce que j’aime réellement : découvrir, visiter, rencontrer. J’ai compris que j’étais attiré autant par les vastes espaces que par des lieux plus confinés, comme les mines de Bolivie ou les auberges de jeunesse à travers les différents pays. J’aime cette proximité avec des inconnus, écouter leurs histoires et partager la mienne. J’ai surtout remarqué une fascination pour l’inaccessible, pour ces endroits que peu de personnes ont foulés. Ce voyage a nourri mon désir d’explorer le monde et m’a permis de nouer des amitiés durables. Mais plus que tout, il m’a laissé l’image et l’obsession de l’Île de Pâques, qui continue de me hanter et d’inspirer mes rêves de voyage.
Mercredi 2 août 2017,
L’histoire de Lima est celle d’une ville qui renaît sans cesse de ses cendres. Entre tremblements de terre, guerres et succession de civilisations, elle a traversé les siècles avec résilience. Avant l’arrivée des Espagnols, la région fut habitée par les cultures Lima, Huari, Ychsma puis Inca, chacune laissant sa marque dans l’architecture et les traditions locales.
En janvier 1535, le conquistador Francisco Pizarro fonda la « Cité des Rois », qui comptait alors environ 200 000 habitants indigènes. Au XVIIIᵉ siècle, Lima devint la capitale du vice-royaume, accueillant les flottes chargées de richesses provenant des conquêtes sud-américaines, avant leur acheminement vers l’Europe. Le séisme de 1746 détruisit une grande partie de la ville, mais Lima fut rapidement reconstruite, ornée d’églises baroques et de grandes demeures. En 1821, la capitale vit naître l’indépendance du Pérou.
Aujourd’hui, Lima s’est transformée. Son centre historique, inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 1991, regorge de rues animées et de bâtiments coloniaux remarquables. Je commence ma visite par la Plaza de Armas, cœur de la ville fondée par Pizarro. La place est entourée de monuments emblématiques : le Palacio Arzobispal, construit en 1924 dans le style colonial, et le Palacio de Gobierno, édifice néo-baroque de 1937 où la relève de la garde se déroule chaque jour à midi au son de la musique El cóndor pasa. Malheureusement je ne serai pas dans ce quartier à midi.
Non loin de là se trouve le Monasterio de San Francisco, reconnaissable à sa façade jaune vif. L’édifice, doublé d’une église, renferme d’impressionnantes catacombes, véritable ossuaire où près de 70 000 sépultures sont disposées avec une rigueur saisissante. À quelques pas, le Parque de la Muralla conserve des vestiges des anciens remparts du XVIIᵉ siècle, offrant également une vue sur le Cerro San Cristóbal, dominé par sa croix et les maisons colorées d’une favela. En raison de la météo et de la sécurité, je choisis de ne pas gravir la colline.
Une curiosité locale m’a frappé : à Lima, les cireurs de chaussures sont omniprésents. Hommes d’affaires, travailleurs ou femmes en habits traditionnels s’y arrêtent quelques minutes pour se faire cirer leurs chaussures, lisant un journal ou sirotant un jus pendant ce temps.
Je continue ma promenade vers la Iglesia de San Pedro, achevée en 1638 par les Jésuites. Cet édifice est considéré comme un magnifique exemple de l’architecture baroque coloniale, réputé pour son intérieur richement décoré avec un autel orné de dorures, de sculptures et de carreaux émaillés. Malheureusement, l’église était fermée lors de ma visite, et je n’ai donc pu admirer ces détails que de l’extérieur.
Juste en face se dresse le Palacio Torre Tagle, une grande demeure datant de 1735, célèbre pour ses balcons en bois sculpté de style mauresque. Bien que le bâtiment soit aujourd’hui le siège du ministère des Affaires étrangères et fermé au public, sa façade impose le respect.
Au marché central, je goûte aux saveurs péruviennes : le ceviche, poisson ou crustacé cru mariné dans un jus de citron vert, et la causa limeña, un plat à base de purée de pommes de terre citronnée garnie de thon, poulet ou fruits de mer, accompagné d’avocat. Un vrai délice !
Je visite ensuite le Santuario de Santa Rosa de Lima, église couleur terre cuite consacrée à la première sainte canonisée d’Amérique, Isabel Flores de Oliva, plus connue sous le nom de Santa Rosa de Lima. Le complexe, doté d’un jardin paisible, m’offre un moment de repos bienvenu, alors que le décalage horaire commence à se faire sentir.
En fin d’après-midi, je me rends à Miraflores, quartier moderne et animé, où se côtoient commerces, restaurants et espaces de loisirs le long de l’océan Pacifique. Le Parque Central, regroupant le parc 7 de Junio et le Parque Kennedy, est fréquenté par sportifs et parapentistes. Le Parque del Amor, célèbre pour sa sculpture El beso, offre un cadre romantique et fleuri, parfait pour une balade en fin de journée.
Cette première immersion dans Lima m’a enchanté. La ville, entre agitation urbaine et patrimoine historique, révèle un mélange fascinant de tradition et de modernité. J’ai parfois eu l’impression que le temps s’arrêtait dans certaines ruelles, alors que la ville grouillait d’activité à chaque coin de rue.







