Pérou (J2) – Lima

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Jeudi 3 août 2017,

Ce matin, je débute une nouvelle journée dans la capitale. Direction Miraflores pour visiter le Huaca Pucllana, un impressionnant centre cérémoniel construit en adobe.

Édifié autour de l’an 400 après J.-C. par la civilisation Lima, le site est resté longtemps invisible, n’étant perçu que comme une simple butte où des jeunes jouaient au football ou faisaient du motocross. Les fouilles entreprises il y a environ vingt-cinq ans ont permis de révéler la richesse archéologique du site. On y pratiquait des rituels liés à la mer, comme en témoignent les motifs aquatiques sur les vases et les offrandes retrouvées.

Huaca Pucllana à Lima

La visite guidée est fascinante. Le site lui-même est impressionnant : chaque brique d’adobe, façonnée à la main à partir de terre et d’eau acheminée par des canaux d’irrigation, était soigneusement séchée entre deux jours et deux semaines selon la saison. Les blocs étaient disposés verticalement avec un petit espace entre eux pour résister aux tremblements de terre, fréquents dans la région. En 2010, quatre momies huari, miraculeusement préservées malgré les pillages, y ont été découvertes.  Autour de la pyramide, des cultures de camote, haricots et quinoa rappellent le rôle de l’agriculture dans la vie des habitants et leurs cérémonies.

Je me dirige ensuite vers San Isidro, le quartier chic et financier de Lima. Ses avenues larges et bien entretenues, ses passages piétons et ses trottoirs impeccables évoquent une ville américaine moderne. Ici, je visite la Huaca Huallamarca, autre pyramide en adobe de la civilisation Lima, construite entre 200 et 500 après J.-C. Une rampe centrale mène à une plateforme où reposent plusieurs momies. La pyramide se dresse au milieu des tours et résidences huppées, un contraste saisissant avec l’architecture moderne qui l’entoure.

Huaca Huallamarca à Lima

En face de la pyramide, je remarque des points de refuge en cas de tsunami, vestiges de la tragédie de 2007 qui avait coûté la vie à 514 personnes. Non loin de là, je profite d’une pause au Coffee Road, un café chaleureux recommandé par mon guide Lonely Planet.

Je poursuis ma découverte vers l’ouest, en traversant les quartiers populaires très densément peuplés, avant d’atteindre la zone portuaire de Callao, d’où les Espagnols expédiaient autrefois l’or du Pérou.

Ma visite suivante est le Museo Larco, une élégante demeure du XVIIIe siècle ayant appartenu à un vice-roi, et abritant l’une des plus grandes collections privées d’art pré-hispanique au monde. Fondé en 1926 par Rafael Larco Hoyle, archéologue et collectionneur péruvien, le musée regroupe plus de 45 000 objets et céramiques des différentes cultures. Parmi les trésors, un tissage Huari exceptionnel, avec environ 160 points par cm², témoigne d’une maîtrise technique remarquable.

Une particularité fascinante : le musée ouvre au public ses réserves, où les collections sont entreposées par thème en attendant leur étude et classification. C’est impressionnant de voir toutes ces pièces en attente de préservation. Le Museo Larco montre que le Pérou ne se limite pas à l’époque inca : on y retrouve aussi les Mochica, peuple qui ne connaissait pas l’écriture et racontait la vie quotidienne par ses céramiques. Une collection de poteries érotiques illustre la vision ancienne de la fertilité et de la vie. La visite du Museo Larco restera mon moment préféré à Lima.

À deux pas, le Museo Nacional de Antropología, Arqueología e Historia du Perú m’ouvre ses portes pour un voyage dans le temps, depuis les premières communautés pré-céramiques jusqu’à la naissance de la République. Les salles Mochica et Wari, les textiles de Paracas, les bijoux Chimú, les momies au crâne déformé et trépané, et même quelques céramiques érotiques, sont autant de trésors exposés.  Dans l’une des peintures coloniales, la scène de la Cène est surprenante : au lieu du pain et du vin habituels, le Christ et ses apôtres dégustent du cuy, une spécialité des Andes, source essentielle de protéines depuis l’époque pré-hispanique.

Au centre du musée, la Quinta de los Libertadores est une vaste maison coloniale au patio fleuri, ayant accueilli successivement José de San Martín et Simón Bolívar, figures emblématiques de l’indépendance sud-américaine et acteurs majeurs de la libération du Pérou.

En me dirigeant vers l’est de Lima, la ville s’étend sur les collines au pied des premiers contreforts des Andes. Je visite le Museo de Oro del Perú, dont le sous-sol abrite une immense chambre blindée avec plus de 6 000 pièces en or : masques, boucles d’oreilles, louche et autres objets du quotidien. Créé en 1968 par le collectionneur Miguel Mujica Gallo, le musée a été au centre d’une polémique en 2001, lorsqu’une étude a montré que près de 85 % des objets exposés n’étaient pas authentiques. Aujourd’hui, tous sont clairement identifiés et authentifiés. Au-dessus, le musée des Armes expose momies et armes historiques, dont l’une aurait été utilisée par Fidel Castro, ce qui ajoute une touche inattendue à la visite.

En fin de journée, je m’évade vers Barranco. J’adore l’atmosphère qui s’en dégage : un mélange d’authenticité et de douceur, avec ses maisons défraîchies, ses stands de rue et cette lumière dorée qui descend sur le Pacifique. C’est sans doute l’endroit où je me sens le mieux à Lima.

Lima est une ville de contrastes : temples pré-hispaniques, demeures coloniales et gratte-ciels modernes cohabitent au rythme effervescent de la métropole. Entre chaos urbain et beauté historique, elle révèle une culture millénaire, des musées fascinants et une cuisine en constante évolution. Couronnée d’histoire, vivante et séduisante, Lima laisse une impression durable et ne laisse personne indifférent.

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