Pérou (J3) – Cuzco

Partagez cet article

Vendredi 4 août 2017,

Je quitte Lima pour rejoindre Cuzco, autrefois considérée comme le centre du monde par les Incas.

En quelques heures, je passe du niveau de la mer à plus de 3 400 mètres d’altitude. Au départ, je ne ressens pas les effets de cette ascension, mais la fatigue et le souffle court se font sentir plus tard dans la journée. J’ai choisi de prendre l’avion plutôt que le bus pour éviter les longues routes sinueuses à travers la montagne. Depuis le hublot, la vue est saisissante : les Andes s’étendent à perte de vue, leurs sommets enneigés contrastant avec les vallées arides. À l’arrivée, l’atterrissage est impressionnant : l’aéroport de Cuzco, niché au cœur de la ville, oblige l’avion à manœuvrer entre les montagnes. Il porte le nom d’Alejandro Velasco Astete, le premier aviateur péruvien à avoir relié Lima à Cuzco en 1925, un exploit qui lui coûta la vie.

Je dépose mes affaires à l’hôtel Esplendor Cusco avant de partir explorer le célèbre site de Sacsayhuamán, perché à 3 700 mètres d’altitude. Ancien centre à la fois spirituel et défensif, le site impressionne par l’ampleur de ses murs monumentaux. Après la conquête, les Espagnols en ont prélevé la majeure partie des pierres pour bâtir leurs demeures à Cuzco, ne laissant que les blocs les plus lourds, restés sur place.

Forteresse de Sacsayhuamán

En 1536, Sacsayhuamán devient le théâtre d’un affrontement décisif. Tandis que Francisco Pizarro établit Lima, son frère Juan affronte les guerriers de Manco Inca, jeune souverain révolté contre les humiliations espagnoles. Retranché dans la forteresse, Manco  Inca faillit reprendre Cuzco avant que la contre-attaque espagnole ne brise son élan. Il s’enfuit vers Ollantaytambo, pour poursuivre la résistance inca, sans succès.

Les remparts de Sacsayhuamán dessinent trois terrasses monumentales, aux pierres si bien emboîtées qu’aucune lame ne pourrait s’y glisser. Certains blocs dépassent les 300 tonnes, déplacés et assemblés sans mortier, selon des techniques encore méconnues. La légende raconte que Pachacútec, neuvième empereur inca, aurait voulu que Cuzco évoque la silhouette d’un puma, dont Sacsayhuamán formerait la tête et les murailles, les crocs.

Plus loin, sur la colline de Rodadero, je découvre des rochers polis et des trônes de pierre où siégeaient probablement les souverains incas. La vue sur Cuzco y est splendide. Sur le site, des femmes en habits traditionnels attirent le regard : elles portent des vêtements tissés de laine d’alpaga ou de lama, aux couleurs éclatantes. Le tissage, pratique essentielle des Andes depuis des millénaires, faisait partie intégrante de la vie sociale : on l’offrait, on l’échangeait, on l’arborait comme un signe de respect ou de pouvoir. En 2008, l’UNESCO a reconnu cet art textile comme un trésor du patrimoine immatériel péruvien.

Je reste un long moment à observer ces murailles colossales, impressionné par la précision et la maîtrise qu’elles révèlent. Les archéologues estiment qu’il aurait fallu près de 20 000 ouvriers et un demi-siècle pour bâtir un tel ensemble. Malgré les siècles, le lieu dégage encore une puissance et une harmonie saisissantes.

Avant de regagner Cuzco, je fais halte à Tambomachay, un petit site niché dans les collines. Ses murs de pierre finement assemblés laissent couler une source claire, dont l’eau se divise en plusieurs canaux. Les archéologues y voient un lieu rituel consacré à l’eau, élément sacré pour les Incas. L’endroit, calme et presque intime, dégage une atmosphère apaisante, comme si le murmure de la source rappelait la mémoire des anciens.

En redescendant vers Cuzco, un mal de tête soudain me rappelle que je me trouve désormais à plus de 3 400 mètres d’altitude. Le mal des montagnes se manifeste, combinant le manque d’oxygène, la fatigue et le fait que j’ai visité directement des sites archéologiques situés encore plus haut que la ville. Je regagne donc l’hôtel pour me reposer et j’y découvre pour la première fois les feuilles de coca, traditionnel remède andin contre ce mal.

La coca est cultivée en Amérique du Sud depuis au moins 5 000 ans. Elle servait autrefois de stimulant naturel, de remède contre la fatigue ou les douleurs, et jouait un rôle rituel dans les offrandes aux divinités. Aujourd’hui, elle est controversée à cause de son lien avec la production de cocaïne, mais consommée sous sa forme traditionnelle, elle m’a permis de retrouver rapidement mon souffle et de repartir explorer Cuzco.

Hôtel Esplendor Cusco à Cuzco

Cuzco, capitale archéologique du continent et ville habitée sans interruption depuis des siècles, serait, selon la tradition inca, l’endroit où Manco Cápac, le premier souverain, reçut la guidance du dieu Soleil, Inti. Il y planta un bâton d’or qui disparut dans la terre, marquant le site sacré que les Incas appelèrent le « nombril du monde ». C’est là qu’il fonda la cité qui deviendrait le centre du vaste empire inca.

Je débute ma découverte par la Plaza de Armas. Installé sur un banc, je me laisse porter par le va-et-vient des habitants et des visiteurs, tandis que les étals colorés des marchands ponctuent la place. Les drapeaux rouge et blanc du Pérou et la Wiphala multicolore flottent au-dessus de moi, rappelant à la fois le passé inca et la richesse culturelle actuelle de Cuzco.

Plaza de Armas de Cuzco

Autour de la Plaza de Armas, chaque bâtiment raconte une partie de l’histoire de Cuzco. La cathédrale, érigée au XVIIe siècle sur l’ancien site du palais dédié au dieu Viracocha, intègre des pierres provenant de Sacsayhuamán. Malheureusement, elle était fermée lors de ma visite, et je n’ai donc pas pu explorer ses collections d’art colonial. Au sud, l’imposante Iglesia de la Compañía de Jesús s’impose sur les vestiges de l’ancien palais de Huayna Cápac, père de Manco Inca. Construite par les jésuites en 1571 puis restaurée après le tremblement de terre de 1650, elle témoigne des rapports parfois tendus entre l’Église et le pouvoir local : le pape intervint pour limiter sa décoration afin qu’elle ne surpasse pas celle de la cathédrale, mais le temps de la décision, une grande partie du chantier était déjà terminée.

Je ne manque pas la Plaza Regocijo, classée Monument Historique en 1972. La fatigue du mal des montagnes se fait encore sentir, mais je ne peux résister à l’appel de la gastronomie locale. Au restaurant Chicha, du chef Gastón Acurio, je découvre un carpaccio d’alpaga accompagné de pesto andin, suivi d’un lomo saltado savoureux servi avec du riz, le tout arrosé de pisco, eau-de-vie de raisin typique du Pérou.

Cuzco est une ville où les époques se superposent : pavés anciens, vestiges incas et façades baroques dialoguent avec les signes de la vie contemporaine. Inscrite au patrimoine mondial de l’UNESCO, elle témoigne d’un héritage historique exceptionnel.

Mon court séjour m’a permis de plonger dans l’univers andin, entre traditions et modernité, offrant un avant-goût des paysages de la Vallée Sacrée : villages perchés, ruines mystérieuses et sentiers qui mènent finalement à l’incontournable Machu Picchu, véritable joyau du Pérou.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Journal

Derniers réçits