Danemark (J3) – Kastrup & Copenhague

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Jeudi 28 décembre 2017,

Copenhague s’éveille pour une nouvelle journée.

Ce matin, je quitte le centre de Copenhague pour la banlieue, direction Kastrup, afin de visiter l’aquarium que je rêvais de découvrir. Plus que ses bassins, c’est surtout son architecture qui m’attirait : vue du ciel, la structure évoque un immense tourbillon. Entièrement revêtu d’aluminium, le Den Blå Planet, littéralement « la Planète bleue », est le plus grand aquarium d’Europe du Nord et le troisième sur l’ensemble du continent. Conçu par un cabinet danois et inauguré en 2013, il a été pensé comme une ode aux forces de la nature. L’édifice est entouré d’eau, et certaines sections s’enfoncent entièrement sous le niveau de la mer. L’aquarium se divise en zones géographiques et climatiques, dont la plus spectaculaire, intitulée « Océan / Barrière de corail », abrite un bassin de 4 millions de litres où évoluent requins-marteaux, raies géantes et autres créatures marines majestueuses.

À quelques minutes de marche se trouve le Kastrup Sea Bath, véritable bijou architectural ouvert en 2004. Cette piscine extérieure se dresse au bout d’une jetée en bois de cent mètres s’élançant dans la mer Baltique. La structure, conçue en forme de coquillage, s’élève progressivement jusqu’à une plateforme de plongeon située à trois mètres de haut. Son mur circulaire, orienté face à la mer, protège les nageurs du vent. Construite en bois d’azobé, un matériau africain réputé plus dur que l’acier et extrêmement résistant à l’eau salée, la piscine est devenue un modèle d’architecture durable. En 2009, elle fut récompensée par une médaille de bronze du Comité olympique dans la catégorie des sites de natation. Me retrouver seul face à cette œuvre, entre design contemporain et nature brute, fut un moment apaisant.

Kastrup Sea Bath à Kastrup

De retour à Copenhague, je poursuis ma promenade dans le quartier de Christianshavn. Fondé au début du XVIIe siècle par le roi Christian IV, ce secteur devait à l’origine servir à la fois de quartier militaire et de centre commercial, inspiré par l’urbanisme hollandais. Aujourd’hui, ses canaux bordés de péniches et son atmosphère décontractée me font penser à Amsterdam.

Mon regard est de suite attiré par la sublime flèche en spirale de l’église Vor Frelsers Kirke (Notre-Sauveur), haute de 95 mètres. Édifiée en 1695, l’église est connue pour son autel baroque et son impressionnant orgue, richement décoré de sculptures. La flèche, ajoutée en 1752, fut inspirée par les courbes de l’église Sant’Ivo alla Sapienza de Borromini, à Rome. Elle est devenue l’un des symboles de Copenhague. Malheureusement, l’accès aux 400 marches menant à son sommet est fermé aujourd’hui. Les 150 dernières marches, situées à l’extérieur et se rétrécissant jusqu’à presque disparaître, offrent habituellement une vue inoubliable sur toute la capitale danoise.

Juste derrière l’église s’étend la ville libre de Christiania, l’un des quartiers alternatifs les plus célèbres d’Europe. Ce quartier autogéré, né en 1971, est l’héritage direct des mouvements contestataires des années 1960. Dans un contexte de révolte étudiante et de rejet du matérialisme, des manifestants abattirent la clôture d’une ancienne base militaire pour occuper ses 41 hectares. Malgré plusieurs tentatives d’expulsion, la communauté s’imposa, encouragée par une partie de la population et tolérée par le gouvernement, qui y vit une expérience sociale unique. Christiania devint rapidement le centre névralgique de la contre-culture danoise, attirant hippies, artistes et militants venus du monde entier.

Au fil du temps, les habitants ont posé leurs propres règles : les drogues dures furent bannies, et les trafiquants expulsés. Mais la fameuse Pusher Street reste associée à la vente de cannabis, dont l’odeur flotte encore dans l’air. Derrière cette rue animée, on découvre un paysage inattendu et presque bucolique : des maisons colorées et bricolées de toutes parts, des jardins fleuris, des ateliers, des restaurants improvisés, des bars et des salles de concert en plein air. Plus qu’un simple quartier, Christiania demeure un symbole d’utopie urbaine, de liberté et d’expérimentation sociale.

De retour dans le centre-ville, je passe devant l’imposante Bibliothèque royale du Danemark, la plus vaste de Scandinavie. L’ensemble se compose de deux unités très distinctes : le bâtiment d’origine, une majestueuse structure en brique rouge datant du XIXe siècle, et l’éblouissante extension moderne surnommée le Diamant noir. Achevée en 1999 par un cabinet d’architecture danois, cette extension de granit noir et de verre fumé évoque une gemme scintillant au bord du port.

À l’intérieur, le vaste atrium vitré qui donne sur le canal est à couper le souffle. Un escalator conduit vers une fresque monumentale de Per Kirkeby, couvrant plus de 200 m² au plafond. Un peu plus loin, la vieille bibliothèque se dévoile : sa salle de lecture Nord, avec ses colonnes classiques et ses lampes rétro, respire une atmosphère paisible propice à l’étude. La Bibliothèque royale du Danemark abrite l’intégralité des ouvrages publiés au Danemark depuis 1482, ainsi que des archives uniques, notamment les manuscrits de Hans Christian Andersen. On y trouve également le Musée national de la Photographie, fermé lors de ma visite.

En traversant le canal, je rejoins le Musée national du Danemark. Véritable mémoire du pays, il rassemble une collection impressionnante d’objets retraçant toute l’histoire de la nation. On peut y admirer des outils de l’âge de pierre, des armes vikings, des pierres runiques, mais aussi des bijoux médiévaux. Parmi les pièces maîtresses, se distinguent le char solaire de Trundholm, un chef-d’œuvre en bronze vieux de 3 500 ans représentant le cycle éternel du soleil, ainsi que des lurs, ces trompes cérémonielles de l’âge du bronze dont certains produisent encore un son grave et vibrant malgré leurs trois millénaires d’existence.

Le musée consacre aussi une section aux Inuits du Groenland et aux habitants des îles Féroé, rappelant l’importance de ces territoires autonomes dans l’histoire du royaume danois. Enfin, l’exposition Histoires du Danemark retrace l’évolution du pays de 1660 à 2000, de l’absolutisme royal jusqu’à l’État-providence moderne. La muséographie, claire et vivante, rend la visite aussi instructive qu’agréable.

Juste en face se trouve un autre joyau : la Ny Carlsberg Glyptotek, fondée en 1897 par le brasseur Carl Jacobsen, héritier de la célèbre brasserie Carlsberg. Ce musée abrite la plus grande collection d’antiquités d’Europe du Nord (sculptures grecques, romaines et égyptiennes), ainsi qu’une riche collection d’art moderne. On y admire notamment la plus importante collection de Rodin hors de France, mais aussi pas moins de 47 toiles de Gauguin, dont certaines peintes à Tahiti. Cézanne, Pissarro, Monet, Renoir et Van Gogh complètent ce panorama exceptionnel.

Au centre du musée, un ravissant jardin d’hiver surmonté d’une coupole baigne les palmiers et les plantes exotiques d’une belle lumière naturelle. Je fus particulièrement séduit par les antiquités égyptiennes, remarquablement présentées. À mes yeux, c’est le plus beau musée que j’ai visité à Copenhague.

Je termine ma journée dans un cadre somptueux : les jardins de Tivoli, ouverts en 1843 par Georg Carstensen, qui avaient pour ambition de « distraire les habitants pour les détourner de la politique ». Deuxième plus ancien parc d’attractions au monde encore en activité, Tivoli fascine par son atmosphère unique, mélange d’élégance et de féerie.

À Noël, le lieu se métamorphose en véritable conte de fées : manèges anciens, pavillons illuminés, spectacles de commedia dell’arte, montagnes russes centenaires et pagode chinoise se parent de milliers de guirlandes et de lampions. Au coucher du soleil, le parc devient romantique à souhait. Les restaurants et petites salles de concert s’animent, tandis que la tour de l’horloge du Rådhus (hôtel de ville) se dresse dans la nuit, évoquant les décors des films Disney.

Visiter Copenhague à Noël, c’est assurément goûter à son âme la plus chaleureuse et féérique. Tivoli, en particulier, est une expérience inoubliable : un moment suspendu, à la croisée du rêve et de la tradition.

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