Vendredi 11 août 2017,
Déboussolé, c'est ainsi que je me réveille en cette deuxième journée à La Paz.
Je suis désorienté par ce confort, si éloigné de mon rythme de vie habituel et qui pourtant évolue de jour en jour. Je n’ai même pas besoin de m’efforcer ou de prendre sur moi pour arpenter les rues de Lima, de Cuzco ou de La Paz, je le fais tout naturellement, par soif de découverte. Ce voyage est une vraie révélation pour moi, les chemins du monde m’accueillent les bras ouverts, les cultures et l’histoire de chaque pays m’attirent. J’accumule les informations qu’on me donne pour les retransmettre à mes amis et à ma famille. Je suis extrêmement content d’être là en ce moment, grâce aux choix que j’ai faits dans ma vie.
Je range ma petite maison ambulante, les habits pliés correctement pour ne pas prendre trop de place, et une fois rassasié par le petit-déjeuner du Casa de Piedra Hotel Boutique, je pars dans le sud de La Paz, à l’ouest du Prado. Il me faut une bonne demi-heure de marche dans des rues qui grimpent et dégringolent, avec l’altitude qui me rappelle à chaque montée que je suis autour de 3 650 mètres.
J’arrive à la Plaza San Pedro, tranquille et soigneusement entretenue. C’est un des plus vieux quartiers de la ville, celui où on logeait la population indigène à l’époque coloniale, et l’église porte d’ailleurs le surnom d’Iglesia Indígena. C’est ma troisième Iglesia de San Pedro du voyage, après celle de Lima et celle d’Andahuaylillas, mais celle-ci a vécu une tout autre histoire : l’originale a brûlé en 1781, pendant le siège de La Paz mené par Túpac Katari, un chef aymara à la tête d’environ 40 000 insurgés. Il a fallu attendre 1790 pour la voir reconstruite.
Sur le côté de la place, un grand mur, et c’est là que vous reconnaissez peut-être le nom du quartier : la prison de San Pedro, la plus célèbre et la plus étrange d’Amérique latine. De l’extérieur, rien ne la distingue vraiment d’un bâtiment administratif. À l’intérieur, il paraît que personne ne reçoit de cellule : les détenus doivent acheter ou louer la leur, certains vivent avec leur famille, et ce sont eux qui s’organisent entre eux. Le livre Marching Powder, sorti en 2003, a fait connaître l’endroit au monde entier et pendant un temps, des curieux se faisaient même guider à l’intérieur, avant que les portes ne se ferment aux visiteurs. Moi, je me contente de longer le mur, et ça me suffit.
Je remonte ensuite vers le Prado, la grande avenue de la ville. Côté ouest, je passe devant le Museo de Arte Contemporáneo Plaza, installé dans une grande demeure du XIXe siècle. Je n’entre pas, mais il paraît que ses vitraux ont été conçus par Gustave Eiffel. Pas mal pour un musée qui se cache derrière une avenue de bus et de klaxons.
De l’autre côté du Prado, je pousse la porte du Museo Nacional de Arqueología Tiwanaku. Il est petit mais très bien rempli : des crânes trépanés, des poteries, des céramiques. Les Tiwanaku, je suis passé tout près d’eux il y a deux jours, du côté du lac Titicaca, sans vraiment les rencontrer : ils font partie de ces civilisations pré-incas qui ont laissé leur trace avant l’arrivée des Incas. Ici, ils prennent enfin corps : un peuple qui a dominé les rives du lac pendant des siècles, avant de s’effondrer vers l’an 1000, peut-être à cause d’une longue sécheresse.
Le site de Tiwanaku se trouve à environ 70 kilomètres de La Paz, mais en attendant, je continue de ce côté de la ville : le parc Raúl Salmón de la Barra, puis le Templete Semisubterráneo et son musée en plein air, juste en face du stade Hernando Siles. Ce sont des répliques des statues du temple de Tiwanaku, donc pas l’original, mais ça donne une idée de ce que le site peut offrir.
La journée se termine en hauteur, au mirador Killi Killi. En fin d’après-midi, La Paz s’étale d’un coup dans sa cuvette, avec ses maisons qui escaladent les pentes, la cathédrale, le stade, et l’Illimani qui veille au loin. On distingue aussi un parc d’attractions abandonné, un contraste un peu étrange avec le reste de la vue. Et puis la boucle se referme avec ce matin : en 1781, Túpac Katari aurait justement installé ici son poste de commandement pour surveiller la ville qu’il assiégeait. Le nom viendrait, apparemment, d’un petit faucon qui fréquentait la colline. J’en comprends le choix, on voit tout d’ici.
Le soir, je récupère mon nouveau logement, l’auberge de jeunesse York B&B, en plein centre, à deux pas de la Calle Murillo et de l’église San Francisco. Je suis bien trop fatigué pour ressortir. Je grignote quelques snacks achetés autour de l’auberge, puis je m’endors en préparant la journée de demain.


















