Pérou (J5) – Machu Picchu

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Dimanche 6 août 2017,

Je m'éveille à 6h30, prêt à me rendormir. C'est en ouvrant les rideaux et en contemplant un ciel bleu clair, absolument sans aucun nuage, que je décide de donner un tout autre tournant à cette journée.

Je cours prendre mon petit-déjeuner, j’avale deux bols de céréales, bois trois cafés pour contrer la fatigue, prépare mon sac à dos en vitesse, remarque que les touristes attendent par centaines les bus qui vont les amener à l’entrée du site, et décide de marcher à toute allure vers la sortie du village d’Aguas Calientes. Je passe le Puente Ruinas, le pont qui enjambe le Río Urubamba, et rejoins le chemin qui monte par une route de montagne étroite, sinueuse et très escarpée. Ce n’est qu’après 1h30 de marche que j’atteins l’entrée du site du Machu Picchu, 7 kilomètres plus loin.

Je présente mon billet de réservation à 9h du matin et me voilà en train de visiter le Machu Picchu pour la deuxième fois, avec cette fois-ci un temps ensoleillé. La vue est complètement différente : d’ici je peux apercevoir toutes les ruines que j’ai visitées hier, observer la différence entre les quartiers résidentiel, industriel et cérémoniel, et remarquer encore une fois que peu de touristes sont sur le site.

Vue sur le Machu Picchu depuis la hutte du Gardien

Je n’ai malheureusement plus le temps de monter à la Montaña que j’avais réservé à 7h30, mais ce n’est pas bien grave puisque j’ai pu avoir la vue depuis le site d’Intipunku hier. Je reviens à la hutte du Gardien du rocher funéraire pour retrouver ce qui est à mes yeux la plus belle vue sur les ruines du Machu Picchu et du Wayna Picchu juste derrière. Je ne suis pas pris par le temps, alors j’en profite pour m’asseoir et contempler ce spectaculaire panorama.

Après une bonne sieste matinale, je reprends le chemin et pars de l’autre côté des ruines, où une jolie promenade moins escarpée part de la hutte du Gardien du rocher funéraire, passe au sommet des terrasses et suit un étroit sentier à pic jusqu’au pont à bascule inca. Cette marche de 20 minutes permet de découvrir la végétation de la forêt et différentes vues de Machu Picchu, jusqu’à le perdre de vue dans un renfoncement de falaise avant d’atteindre le pont. Ce dernier n’est visible que de loin depuis la mort accidentelle d’une personne qui le traversait il y a quelques années. Il est peu visible sur les photos, mais il surplombe un ravin de plus de 200 mètres !

Je reviens au niveau des terrasses et continue la même visite qu’hier en me perdant volontairement dans ce labyrinthe de ruines, de places très bien entretenues et de lamas en liberté.

Ce qui me frappe surtout, debout au milieu de ces murs, c’est le travail que ça a dû représenter. On estime qu’à son apogée, la cité comptait environ 500 habitants, mais il a fallu des décennies et des milliers de bras pour la sortir de terre. Les Incas taillaient et ajustaient leurs blocs de pierre avec une précision telle qu’aucun mortier n’était nécessaire pour les faire tenir ensemble, un savoir-faire qui a permis à ces murs de traverser les séismes et les siècles sans bouger. Il a fallu aussi dompter la montagne elle-même : aplanir le terrain, faire descendre l’eau depuis les sources d’altitude à travers tout un réseau de canaux taillés dans la roche, et bâtir des terrasses en étages pour pouvoir cultiver maïs, pommes de terre et coca à flanc de falaises. Ce même système de terrasses et de canaux servait aussi à absorber les pluies violentes de la saison humide, tandis que l’orientation des toits et des cultures était pensée pour capter un maximum de soleil.

Avec 1,3 million de visiteurs en 2016, le site a vu sa fréquentation grimper de façon vertigineuse depuis son entrée, en 2007, dans le classement très médiatisé, mais totalement officieux, des sept nouvelles merveilles du monde établi par une fondation privée, sans aucun lien avec l’UNESCO malgré ce que beaucoup croient. Il circule même des projets de nouvel aéroport plus proche du site, capable d’absorber jusqu’à 3 millions de visiteurs par an, ainsi que des discussions autour d’un téléphérique. De quoi nourrir le surnom moqueur de certains : Disney Picchu.

En relisant ce carnet de voyage, j’ajoute que fin juillet 2018, deux trains de touristes sont entrés en collision, blessant plus de 35 personnes. Un mois plus tard, c’est un accident de bus qui a fait une embardée en revenant du Machu Picchu, faisant 10 blessés. Le gouvernement péruvien a depuis lancé de nouvelles expériences pilotes sur le site : en mai 2019, pendant deux semaines, l’accès à certaines parties du site a été limité à 3 heures par jour, une mesure susceptible d’être reconduite si les résultats étaient jugés satisfaisants.

Je prends le bus à 13h pour rentrer à Aguas Calientes, heure à laquelle les touristes ayant réservé l’après-midi peuvent entrer au Machu Picchu. Je suis extrêmement content d’avoir pu visiter le site une seconde fois, sous une météo complètement différente. J’ai ressenti un caractère très énigmatique hier, et c’est tout l’opposé aujourd’hui, avec cette prouesse architecturale qui dévoile ses plus beaux atouts sous le soleil. Le débat continue de faire rage quant à sa véritable fonction et à sa « surfréquentation », mais la grandeur de Machu Picchu, elle, demeure incontestée.

Je pars récupérer mon sac à dos à l’hôtel et déjeune à La Boulangerie de Paris d’un délicieux sandwich et, encore une fois, d’une tarte aux citrons meringuée avant de ne plus pouvoir en manger pendant un long moment.

Mon train pour rentrer à Cuzco part à 16h10 et traverse la Vallée Sacrée de nuit. Ce n’est qu’après 3h20 de trajet que je rentre à Cuzco, comme si je venais de vivre une petite parenthèse dans un rêve pourtant devenu réalité.

Le très chic hôtel Novotel Cusco m’accueille avec un succulent pisco sour, et je pars me balader sans mes affaires sur la Plaza de Armas pour contempler les passants et les vendeurs ambulants. Je suis conscient que mon voyage sera inoubliable, avec toutes les images que j’ai déjà accumulées dans ma tête.

Novotel Cusco

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