Pérou (J6) – Ruta del Sol, de Cuzco à Puno

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Lundi 7 août 2017,

Le soleil se lève sur la belle Cuzco, il est à peine 6h du matin. J'en profite pour ranger mes affaires dans mon sac à dos.

Lima, puis le Pérou d’un bout à l’autre, jusqu’à Santiago du Chili. De là, une parenthèse : un aller-retour sur l’île de Pâques, avant de redescendre lentement vers Ushuaia, tout au bout de l’Argentine. Et dans un mois et demi, cap sur l’hôpital Central de Mendoza, où je vais exercer comme kinésithérapeute. C’est pour ça que je trimballe un uniforme de kiné dans mon sac : ce voyage n’est qu’une étape d’un parcours bien plus long. Ce qui explique aussi les 16 kilos sur mes épaules, énorme, pour un voyage de ce type. L’uniforme, donc, mais aussi les chaussures de travail, le reste du matériel, et les trois guides Lonely Planet des pays que je traverse. Autant de choses dont je me passerai la prochaine fois. Désormais, ce sera le strict nécessaire : voyager léger, et épargner mon dos. Je pars prendre mon petit-déjeuner et m’apprête à rejoindre la gare routière à deux pâtés de maisons.

C’est avec la compagnie Inka Express que je vais faire le voyage jusqu’à Puno aujourd’hui. Il est 7h30, je pars de Cuzco dans un bus impérial où les sièges s’inclinent à l’horizontale pour nous permettre de dormir. En théorie, car en pratique je préfère observer le paysage qui change radicalement en quittant les montagnes escarpées pour rejoindre les hauts plateaux.

Iglesia de San Pedro d'Andahuaylillas

C’est à 40 minutes de Cuzco, au Sud-Est, que nous faisons une halte dans le joli petit village andin d’Andahuaylillas, environ 5 000 habitants, connu pour abriter une église qui n’a l’air de rien de l’extérieur mais qui cache un intérieur complètement démesuré. L’Iglesia de San Pedro, construite au XVIIe siècle par les jésuites, est absolument couverte de dorures, de sculptures et de peintures du sol au plafond, une profusion qui tranche totalement avec la sobriété de la façade. L’essentiel des peintures est attribué à Luis de Riaño, peintre péruvien formé par le Jésuite italien Bernardo Bitti et figure majeure de l’école de Cusco, ainsi qu’à d’autres artistes locaux. L’église abrite aussi deux orgues qui compteraient parmi les plus anciens de tout le continent. Je comprends sans peine pourquoi on la surnomme localement la Chapelle Sixtine des Andes. Je ne peux malheureusement pas la photographier, mais je peux vous assurer qu’elle mérite largement sa réputation. Les habitants du village montent d’ailleurs une garde permanente, jour et nuit, tant l’or et l’argent qu’elle renferme sont précieux.

Village andin d'Andahuaylillas

Je reprends le bus et nous partons un peu plus au sud, jusqu’au hameau de Raqchi, perché à 3 480 mètres d’altitude et cerné par une muraille en pierre de lave. Le site s’organise tout autour du Temple de Wiracocha, l’un des sanctuaires les plus vénérés de tout l’Empire inca en son temps.

Temple de Wiracocha à Raqchi

Ce qui frappe d’abord, ce sont les longs murs de pierre qui s’élèvent seuls dans le paysage, presque comme un aqueduc égaré au milieu de nulle part : ce sont les vestiges de ce qui aurait été l’un des plus vastes toits jamais construits par les Incas, certains le disent même le plus grand, même si la donnée reste débattue selon les sources. Il reposait sur 22 colonnes circulaires, réparties en deux rangées de onze, dont la majorité a été rasée par les colons espagnols. Il n’en reste aujourd’hui que les bases, certaines étayées par des cales de bois pour ne pas s’effondrer tout à fait. À la demande de l’UNESCO, des toits de tuiles ont depuis été ajoutés au-dessus de plusieurs structures en adobe, histoire de freiner leur érosion.

Juste à côté, un ensemble de fontaines forme ce qu’on appelle le bain de l’Inca : le réseau qui les alimente est remarquablement bien conçu, mais personne n’a jamais réussi à retrouver l’origine exacte de cette eau qui, elle, ne tarit jamais. Un peu plus loin se dressent les Qolqas, d’étranges greniers circulaires autrefois utilisés pour stocker les récoltes. On y ressent immédiatement une fraîcheur presque glaciale en entrant.

Les habitants de Raqchi sont particulièrement accueillants, et visiblement très attachés à la propreté de leur site : ils s’efforcent de récupérer les déchets laissés par les visiteurs et nous demandent de garder nos plastiques pour les jeter à l’entrée. Les ateliers de céramique, nombreux et hauts en couleur, valent aussi le détour. Mais ce qui me marque le plus finalement, c’est le contraste entre ces ruines qui inspirent le respect et le calme, et la vie qui continue tout autour comme si de rien n’était : les terres de Raqchi n’ont en réalité jamais cessé d’être cultivées depuis l’époque inca.

Je remonte dans le bus et nous partons dans la grande ville de Sicuani pour déjeuner. Après avoir repris des forces, nous reprenons la traversée de l’Altiplano, entre villages et somptueux paysages de montagne. Nous traversons la ville de Marangani, la capitale du cuy (« uy » se prononçant ouilles en espagnol) à en croire sa mascotte à l’entrée de la ville.

Sur la Ruta del Sol, entre Cuzco et Puno

Nous arrivons au col de la Raya, situé à 4 338 mètres d’altitude et marquant la limite entre les régions de Cuzco et Puno. Le col offre une très belle vue sur le mont Chimboya, qui culmine à 5 489 mètres. Ce col a aussi un petit détail qui me plaît : Luc Besson y a tourné une scène du film Le Grand Bleu en 1988, celle où Johana, en train en provenance de Puno, descend en gare de La Raya.

Un marché s’y tient, avec des textiles en laine d’alpaga aux couleurs éclatantes. La vue depuis là-haut est superbe, et le fait d’être monté progressivement en altitude tout au long de la journée m’évite pour l’instant le mal aigu des montagnes, je ne suis pourtant qu’à 500 mètres en-dessous de l’altitude du Mont-Blanc.

Premier arrêt dans la région de Puno : le village de Pucará, qui porte le nom d’une des toutes premières civilisations à avoir peuplé l’Altiplano. Sa petite renommée locale vient d’un objet qu’on retrouve sur presque tous les toits des maisons : de petits taureaux en terre cuite censés porter chance au foyer, appelés « el torito de Pucará ».

Sur la Plaza de Armas, un musée du village raconte assez bien cette civilisation à travers trois petites salles gérées directement par les habitants, avec des sculptures, des poteries et des outils datant d’entre 400 avant J.-C. et 800 après J.-C. C’est modeste, mais ça vaut clairement le détour pour qui veut comprendre ce qui a existé ici bien avant les Incas.

C’est après dix heures de trajet sur la Ruta del Sol que j’arrive enfin sur les hauteurs de Puno et que j’aperçois pour la première fois la vue sur le lac Titicaca.

Puno me surprend par son contraste : une grand-place assez majestueuse d’un côté, des immeubles en béton un peu ternes de l’autre, et des ruines de brique qui se fondent dans les collines alentour. La ville a toujours vécu du commerce, légal ou pas, avec ses voisins boliviens tout proches, on le sent encore aujourd’hui dans son ambiance de carrefour. Les costumes traditionnels colorés côtoient les jeunes officiers de marine dans les rues, rappel de son passé à la fois colonial et naval. La gare routière, en plein centre, est bruyante et froide, et je me fraie difficilement un chemin sur des trottoirs étroits entre les voitures et les mototaxis.

La nuit commence à tomber et les températures deviennent glaciales. Je pars à l’exceptionnel hôtel GHL Hotel Lago Titicaca, situé sur une île rocheuse privée et surplombant la baie de Puno et le lac Titicaca. La vue depuis la chambre est à couper le souffle, et la qualité est au rendez-vous. C’est donc après une longue et belle journée de route que je peux enfin me reposer. Dîner au restaurant de l’hôtel, Los Uros, avec un succulent carpaccio d’alpaga… du moins, sur le papier…

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