Samedi 12 août 2017,
Grand soleil sur La Paz ce matin, un ciel d'un bleu net comme on n'en voit qu'en altitude. Parfait pour une journée qui commence sur la Lune.
La Vallée de la Lune se trouve à une dizaine de kilomètres au sud de La Paz, du côté de Mallasa. J’y arrive tôt et je me retrouve seul : pas un guide, pas un groupe, personne. Le sol n’est pas vraiment de la roche mais de l’argile et du grès, que le vent et la pluie rongent depuis des milliers d’années. Ce qu’il en reste, ce sont des aiguilles, des cheminées, des crêtes qui s’effritent, avec des teintes qui passent du beige au rouge et au violet sombre selon les minéraux.
Les sentiers se croisent, se faufilent entre les parois, repartent dans tous les sens. Je prends volontairement les mauvais chemins, je me perds un peu, je ressors là où je ne m’y attendais pas. Quant au nom de la vallée, les guides papiers racontent que Neil Armstrong l’aurait baptisée lors d’une visite après son retour de la Lune, en 1969. Je n’y crois qu’à moitié, mais le paysage, lui, ne triche pas. Il y a ici une lenteur, un silence, un besoin de rien qui me plaît beaucoup.
Je redescends sur La Paz en fin de matinée, direction Sopocachi, le quartier plus calme et plus bohème où les gens de La Paz vont se promener le week-end. Première halte devant la Fundación Solón, une maison-musée qui abrite l’œuvre du peintre et muraliste Walter Solón, plus de 2 000 pièces réparties sur trois étages. Elle est fermée aujourd’hui, mais ce que j’en ai lu me donne envie d’y revenir : c’était un artiste engagé, qui a fait de l’injustice sociale son sujet principal, et il avait étudié aux Beaux-Arts de Sucre que je visiterai demain.
Je continue jusqu’à la Plaza Abaroa, un carré de verdure avec une fontaine au milieu et, au centre de la fontaine, la statue d’Eduardo Abaroa, le héros bolivien de la guerre du Pacifique, tombé en 1879 en défendant Calama contre l’armée chilienne à la tête d’une petite troupe de civils. Chaque 23 mars, la Bolivie organise ici même des cérémonies pour le Día del Mar, en souvenir de la côte perdue. Je repense au lac Titicaca de l’autre jour, cette « mer intérieure » que j’avais trouvée si grande : pour un pays sans accès à l’océan, le mot « mer » pèse lourd.
Plus haut, le parc du Montículo m’offre l’une des plus belles vues de la journée. On y entre par un portail de pierre sculpté, et de là-haut La Paz se déploie, avec en arrière-plan l’Illimani, sommet de plus de 6 000 mètres couvert de neige, qui ferme l’horizon comme un décor. Ce n’est pas la première fois que je le vois, mais d’ici il écrase tout. Au loin, je repère aussi la Muela del Diablo, la « molaire du diable », un piton rocheux qui n’est autre que le cœur solidifié d’un ancien volcan, dont l’érosion a emporté le reste. Je redescends ensuite vers la Plaza España, toute proche, et c’est de là que je gagne la station Supu Kachi, où je teste le Mi Teleférico.
Je savais que La Paz avait le plus grand réseau de téléphériques urbains du monde, mais le voir à l’œuvre est autre chose. Lancé en 2014, il relie la vallée à El Alto, 400 mètres plus haut, en évitant des embouteillages que je commence à bien connaître. Je monte dans une cabine de la ligne jaune à la station Supu Kachi, les portes se ferment, on décolle, et là, belles petites sensations : quelques grosses secousses aux pylônes, un balancement qui me fait agripper la barre. Je pousse jusqu’à la station Buenos Aires (Quta Uma), uniquement pour le plaisir de prendre le téléphérique et de voir La Paz d’en haut : les toits de tôle, les briques apparentes, les escaliers qui grimpent au flanc des collines. Puis je continue jusqu’à la station Mirador (Qhana Pata), à El Alto, d’où je rejoins le point de vue du même nom. La vue est jolie, mais entre les bâtiments qui coupent le paysage et tous les fils électriques, elle ne rend pas du tout en photo. Le point de vue depuis le parc du Montículo était bien meilleur.
Au Machu Picchu, il est question d’un téléphérique pour touristes, et je comprends que ça fasse grincer des dents : il y a déjà bien trop de monde là-bas. Ici, c’est un simple transport du quotidien, et c’est ce qui le rend beau.
En fin d’après-midi, je me balade dans les rues pavées autour de mon auberge, le York B&B, sans but précis. Je m’arrête pour goûter de nouvelles empanadas, que je mange sur le pouce en regardant les gens passer. C’est mon dernier soir dans la capitale : demain, direction Sucre. Je me couche à 21h après avoir passé la soirée à trier les photos du début de voyage, et il y en a déjà beaucoup.


















